{"id":15662,"date":"2025-02-28T00:06:38","date_gmt":"2025-02-27T23:06:38","guid":{"rendered":"https:\/\/polarismedia.fr\/?p=15662"},"modified":"2026-07-31T01:34:47","modified_gmt":"2026-07-30T23:34:47","slug":"lanneau-des-nibelungen","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/polarismedia.fr\/en\/2025\/02\/28\/lanneau-des-nibelungen\/","title":{"rendered":"L&rsquo;Anneau des Nibelungen"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Au triple point de vue biographique, th\u00e9matique et esth\u00e9tique, la T\u00e9tralogie de Richard Wagner (ses quatre op\u00e9ras <em>L\u2019Or du Rhin, la Walkyrie, Siegfried, le Cr\u00e9puscule des Dieux<\/em> formant <em>Der Ring des Nibelungen<\/em>) occupe une position centrale dans l\u2019univers wagn\u00e9rien. Patiemment \u00e9labor\u00e9e, au milieu de bien des traverses, pendant trente ans, l\u2019\u0153uvre fut, au dire m\u00eame de son auteur, \u00ab&nbsp;le po\u00e8me de ma vie, l\u2019expression de tout ce que je suis et de tout ce que je sens\u2026&nbsp;\u00bb, c\u2019est elle qui lui sugg\u00e9ra l\u2019id\u00e9e du th\u00e9\u00e2tre id\u00e9al de Bayreuth et qui, comme les doigts de la main autour de la paume, lui sugg\u00e9ra le th\u00e8me et la forme de ses \u0153uvres ult\u00e9rieures.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"540\" data-attachment-id=\"15670\" data-permalink=\"https:\/\/polarismedia.fr\/en\/2025\/02\/28\/lanneau-des-nibelungen\/wagner_ritratto\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/wagner_ritratto.webp?fit=400%2C540&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"400,540\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"wagner_ritratto\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/wagner_ritratto.webp?fit=400%2C540&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/wagner_ritratto.webp?resize=400%2C540&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-15670\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">En cet \u00e9t\u00e9 1847, Richard Wagner a trente-quatre ans, et se trouve \u00e0 Dresde, chef d\u2019orchestre du Grand-Th\u00e9\u00e2tre et ma\u00eetre de chapelle, en une br\u00e8ve \u00e9poque heureuse qui tranche sur cette longue p\u00e9riode d\u2019\u00e9preuves et de nomadisme qui s\u2019\u00e9tend de sa vingti\u00e8me \u00e0 sa cinquanti\u00e8me ann\u00e9e ; Wurtzbourg, Magdebour, Koenigsberg, Riga l\u2019ont vu promener sa malchance besogneuse d\u2019o\u00f9 sont n\u00e9s <em>les F\u00e9es, la D\u00e9fense d\u2019aimer<\/em> et <em>Rienzi<\/em>. A Paris, pendant deux terribles ann\u00e9es et demi, au cours desquelles il a c\u00f4toy\u00e9 plusieurs fois avec sa premi\u00e8re femme, la mort par mis\u00e8re et inanition, il a compos\u00e9 <em>le Vaisseau Fant\u00f4me<\/em>, o\u00f9 sont apparus les th\u00e8mes mystiques et d\u00e9sormais envahissants de Chute, de R\u00e9demption, et de Salut, de m\u00eame qu\u2019il s\u2019est plong\u00e9 dans les po\u00e8mes allemands l\u00e9gendaires d\u2019o\u00f9 sont n\u00e9s <em>Tannha\u00fcser<\/em> et <em>Lohengrin<\/em>. <em>Le Vaisseau Fant\u00f4me<\/em> et <em>Tannha\u00fcser<\/em> ont \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 Dresde en 1843 et 1845 ; il commence <em>les Ma\u00eetres Chanteurs<\/em>, humoristique r\u00e9ponse \u00e0 <em>Tannha\u00fcser<\/em>. Ces quelques ann\u00e9es heureuses de Dresde vont \u00eatre bris\u00e9es lorsqu\u2019en mai 1849 il participera \u00e0 la r\u00e9volution, et que, proscrit, il devra se r\u00e9fugier en Suisse.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">C\u2019est alors qu\u2019il se plonge dans la foisonnante mati\u00e8re l\u00e9gendaire de la mythologie celtique et scandinave : d\u2019abord les po\u00e8mes de l\u2019<em>Edda<\/em> transcrits entre l\u2019an 800 et l\u2019an 1250 d\u2019apr\u00e8s des \u0153uvres orales ant\u00e9rieures ; le <em>Nibelungen N\u00f4t<\/em>, transcription m\u00e9di\u00e9vale germanique de la mati\u00e8re scandinave ; la <em>Saga des Valsungs<\/em> transcrite vers l\u2019an 1260\u2026 Toutes ces l\u00e9gendes proviennent plus ou moins directement de cette Islande du haut moyen \u00e2ge, v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;conservatoire&nbsp;\u00bb traditionnel de la Tradition hyperbor\u00e9enne. Le caract\u00e8re principal de toute cette mythologie est de se rattacher aux sources traditionnelles et pr\u00e9-chr\u00e9tiennes du mythe : une conception unitaire et magique du Monde o\u00f9, entre la divinit\u00e9 et l\u2019homme s\u2019\u00e9ploie la pyramide formidable de la Nature et de ses forces, celles-ci \u00e9tant personnifi\u00e9es par des dieux vou\u00e9s \u00e0 un incessant combat, \u00e0 la ronde fatale des morts et des r\u00e9surrections. Car le \u00ab&nbsp;Ragnar\u00f6k&nbsp;\u00bb ou destin\u00e9e finale des dieux est le symbole de cette continuelle et divine Destruction &#8211; personnifi\u00e9e dans l\u2019Hindouisme par la d\u00e9esse Kali &#8211; premier aspect de cet impitoyable \u00e9quilibre du monde, dont l\u2019homme ne peut conna\u00eetre le second &#8211; la Cr\u00e9ation continuelle du monde, \u0153uvre du Verbe Divin &#8211; que s\u2019il s\u2019\u00e9l\u00e8ve au-dessus de la mati\u00e8re, de la sensation et de l\u2019intellect, que s\u2019il brise la terrestre et terrible cha\u00eene de la fatalit\u00e9, et acc\u00e8de en lui-m\u00eame \u00e0 sa nature la plus haute o\u00f9, dans la contemplation de la force Cr\u00e9atrice, s\u2019\u00e9ploie enfin \u00e0 la Libert\u00e9 spirituelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">De cette pyramide gigantesque dont <em>l\u2019Anneau des Nibelungen<\/em> va \u00eatre la base et dont, \u00e0 la fin de sa vie, <em>Parsifal<\/em> sera le couronnement \u00ab&nbsp;traditionnel&nbsp;\u00bb, Richard Wagner, en ce milieu du si\u00e8cle, \u00e9labore lentement le plan : il faut pour <em>l\u2019Anneau<\/em> ce que le sp\u00e9cialiste de la litt\u00e9rature m\u00e9di\u00e9vale Joseph B\u00e9dier fait pour <em>Tristan<\/em> : il r\u00e9unit les textes de sources diverses et les fond en une unit\u00e9 nouvelle. Peu \u00e0 peu, les personnages prennent leur visage et leur fonction symbolique tandis que les \u00e9pisodes s\u2019architecturent, souvent porteurs d\u00e8s leur naissance de leurs th\u00e8mes musicaux sp\u00e9cifiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">A c\u00f4t\u00e9 de ces sources l\u00e9gendaires, le XIXe si\u00e8cle allemand lui-m\u00eame fournit \u00e0 Wagner le drame de l\u2019\u00e9crivain romantique prussien Friedrich de la Motte-Fouqu\u00e9 <em>(le Tueur de Dragons, Siegfried de Schlangent\u00f6ter)<\/em> de 1808, les deux drames de Christian Friedrich Hebbel <em>(Der Geh\u00f6rnte Siegfried et Siegfrids Tod)<\/em> tandis que la Su\u00e8de lui apporte le po\u00e8me de Carl Julius Lenstr\u00f6m <em>(Sigurd och Bryhilda) <\/em>de 1836. Wagner a conscience de son audace : pour la premi\u00e8re fois, un musicien occidental va remplacer les dieux grecs par les dieux scandinaves ! En f\u00e9vrier 1848, toujours \u00e0 Dresde, son plan est fait : cette nef gigantesque aura quatre m\u00e2ts : un pr\u00e9lude, <em>l\u2019Or du Rhin<\/em>, qui sera jou\u00e9 sans interruption, puis une trilogie, <em>la Walkyrie, Siegfried<\/em> et <em>le Cr\u00e9puscule des dieux<\/em>. Il y aura des variations dans les titres, mais jamais dans la fonction th\u00e9urgique des diff\u00e9rentes parties. Du printemps 1850 \u00e0 No\u00ebl 1852, Wagner r\u00e9fugi\u00e9 aux environs de Z\u00fcrich \u00ab\u00a0monte\u00a0\u00bb peu \u00e0 peu les pi\u00e8ces de son \u00e9difice, notant \u00e7a et l\u00e0, \u00e0 mesure qu\u2019il \u00e9crit son po\u00e8me, les th\u00e8mes musicaux directeurs. Parall\u00e8lement \u00e0 ce travail, et issus de lui, naissent les admirables manifestes justement c\u00e9l\u00e8bres o\u00f9 il expose sa th\u00e9orie du \u00ab\u00a0drame musical\u00a0\u00bb. Quelques ann\u00e9es plus tard, il \u00e9crira dans sa <em>Lettre sur la musique<\/em> : <em>\u00ab\u00a0Mes conclusions les plus hardies relativement au drame musical dont je concevais la possibilit\u00e9 se sont impos\u00e9s \u00e0 moi, parce que d\u00e8s cette \u00e9poque (1849 &#8211; 1852) je portais dans ma t\u00eate le plan de mon grand drame des Nibelungen, et il avait rev\u00eatu dans ma pens\u00e9e une forme telle que ma th\u00e9orie n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re autre chose qu\u2019une expression abstraite de ce qui s\u2019\u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9 en moi comme production spontan\u00e9e\u2026\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\"><em>L\u2019Or du Rhin<\/em> compos\u00e9 en 1853 constituera ainsi une compl\u00e8te rupture de formes \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019ancien op\u00e9ra, <em>\u00ab&nbsp;simple conglom\u00e9rat arbitraire de minuscules morceaux de chants isol\u00e9s, juxtaposition toute de hasards d\u2019airs, de duos, d\u2019arias, etc.&nbsp;\u00bb<\/em> (in <em>Une communication \u00e0 mes amis<\/em>, 1851). Poussant beaucoup plus loin les tentatives de Gl\u00fcck et de Berlioz, Wagner travaille \u00e0 fond tous les \u00e9l\u00e9ments po\u00e9tiques, instrumentaux, humains et visuels en une symphonie continue o\u00f9 la voix humaine est utilis\u00e9e comme un instrument privil\u00e9gi\u00e9 certes, mais faisant corps avec la f\u00e9\u00e9rie m\u00e9lodique ininterrompue. La partie orchestrale ne se contente plus d\u2019accompagner le chant, elle tient un r\u00f4le capital et autonome : celui m\u00eame du ch\u0153ur de la trag\u00e9die antique qui commente l\u2019action et la hisse en son plan sp\u00e9cifique : celui du sacr\u00e9. Les motifs th\u00e9matiques attach\u00e9s aux personnages font de ceux-ci des symboles sensoriellement pr\u00e9hensibles : comme dit Baudelaire, ils les \u00ab&nbsp;blasonnent&nbsp;\u00bb. La musique devient encore davantage un langage et l\u2019action progresse avec le minimum de dialogues ; l\u2019effusion lyrique n\u2019est travers\u00e9e d\u2019aucun prosa\u00efsme. Enfin, le th\u00e9\u00e2tre devient un lien magique (et Wagner entendait cette derni\u00e8re \u00e9pith\u00e8te dans son sens fort) o\u00f9 la fusion de tous les arts arrive \u00e0 lib\u00e9rer dans le spectateur les \u00e9nergies les plus profondes et \u00e0 faire du spectacle une communion sacr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Extraordinaire ambition ! Extraordinaire r\u00e9alisation qui n\u2019a dans le pass\u00e9 que deux pr\u00e9c\u00e9dents, diff\u00e9rents certes dans leur forme, mais analogues dans leur intention : la <em>Trag\u00e9die<\/em> grecque, et le <em>Myst\u00e8re<\/em> du Moyen \u00c2ge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Au d\u00e9but de f\u00e9vrier 1853, pendant qu\u2019il travaille \u00e0 <em>l\u2019Or du Rhin<\/em>, Wagner bien que toujours en butte \u00e0 d\u2019incessants probl\u00e8mes mat\u00e9riels, publie le quadruple po\u00e8me, \u00e0 ses frais, et pour ses seuls amis. Sans perdre de vue son grand dessein, plantant au contraire les jalons de son extraordinaire synth\u00e8se mythologique et mystique, en mars-avril 1856, il pense \u00e0 mettre en sc\u00e8ne et en musique, une l\u00e9gende hindoue d\u2019amour et de piti\u00e9 sous le titre <em>les Vainqueurs<\/em> (il en trace une esquisse en mai), car en ces ann\u00e9es 1856-1858 il est plong\u00e9 dans le bouddhisme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">De 1854 \u00e0 1856, Wagner compose la Walkyrie. En 1856, il commence <em>Siegfried<\/em>. Le 3 mai 1864 (il a 51 ans) alors qu\u2019il est de passage \u00e0 Stuttgart, un \u00e9v\u00e9nement providentiel met fin \u00e0 ses lancinants probl\u00e8mes p\u00e9cuniaires : le jeune roi Louis II de Bavi\u00e8re, admirateur passionn\u00e9 de l\u2019\u0153uvre en gestation, lui d\u00e9p\u00eache un secr\u00e9taire, pour lui apprendre qu\u2019il n\u2019a d\u2019autre d\u00e9sir que de \u00ab&nbsp;l\u2019aider, l\u2019aime et le servir&nbsp;\u00bb. Gr\u00e2ce \u00e0 lui, <em>Tristan<\/em>, termin\u00e9 en 1859, est repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Munich, le 10 juin 1865, et gr\u00e2ce \u00e0 lui, malgr\u00e9 la jalousie des Munichois, le projet du th\u00e9\u00e2tre de Bayreuth va peu \u00e0 peu prendre forme. Dans l\u2019automne 1864, dans un rendez-vous de chasse des Alpes bavaroises qui lui a pr\u00eat\u00e9 le roi, Wagner reprend le po\u00e8me et la partition de <em>Siegfried<\/em>, qu\u2019il terminera en f\u00e9vrier 1871. Mais sous la pression des Munichois, Wagner reprend en d\u00e9cembre 1865 sa vie errante : Gen\u00e8ve, Lyon, Avignon, Toulon\u2026 bien qu\u2019aid\u00e9 p\u00e9cuniairement par Louis II de Bavi\u00e8re. En 1867, <em>les Ma\u00eetres Chanteurs<\/em> sont repr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 Munich. En septembre 1869, Cosima, qui sera sa seconde femme, lui donne un fils baptis\u00e9 Siegfried. Le p\u00e8re, tout \u00e0 sa joie, compose le c\u00e9l\u00e8bre \u00ab&nbsp;Siegfried Idyll\u00e9. En janvier suivant, il entreprend le <em>Cr\u00e9puscule des dieux<\/em>, qu\u2019il ach\u00e8ve en novembre 1874.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Bien qu\u2019il e\u00fbt pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne r\u00e9v\u00e9ler<em> l\u2019Anneau des Nibelungen<\/em> que dans sa grandiose unit\u00e9, Wagner ne peut refuser au roi m\u00e9lomane et m\u00e9c\u00e8ne une repr\u00e9sentation de <em>l\u2019Or du Rhin<\/em> \u00e0 Munich le 22 septembre 1869, et de la Walkyrie le 26 juin 1870. La premi\u00e8re pierre du \u00ab&nbsp;th\u00e9\u00e2tre mod\u00e8le&nbsp;\u00bb de Bayreuth est pos\u00e9e le 19 mai 1872. Enfin, c\u2019est l\u2019apoth\u00e9ose du premier festival de Bayreuth du 13 au 26 ao\u00fbt 1876. Pour la premi\u00e8re fois le monument de pierre et celui de la musique s\u2019offrent en leur \u00e9blouissante architecture : <em>l\u2019Anneau des Nibelungen<\/em>, quatorze heures du spectacle le plus intense, est donn\u00e9 pour la premi\u00e8re fois dans son int\u00e9gralit\u00e9. Six ann\u00e9es plus tard, quelques mois avant la mort de Wagner, le 13 f\u00e9vrier 1883, <em>Parsifal<\/em> y sera \u00e0 son tour cr\u00e9\u00e9, parachevant la nef sonore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">L\u2019analyse suivie du quadruple po\u00e8me de <em>l\u2019Anneau des Nibelungen <\/em>a \u00e9t\u00e9 faite maintes fois de fa\u00e7on fort satisfaisante. Contentons-nous d\u2019indiquer quelques th\u00e8mes et quelques symboles fondamentaux :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019Or du Rhin<\/strong> est le r\u00e9cit dans lequel <em>Wotan<\/em> fait construire le <em>Walhalla <\/em>(<em>wal<\/em>, mort ; <em>hall<\/em>, salle), domaine du plaisir et de la puissance, par les G\u00e9ants auxquels il promet de livrer <em>Freya<\/em> la belle d\u00e9esse, qui assure aux dieux la jeunesse et l\u2019immortalit\u00e9. Mais Wotan c\u00e8de \u00e0 la tentation de <em>Logue<\/em>, le dieu du Feu, qui l\u2019aide \u00e0 s\u2019emparer de l\u2019or du Rhin. Pour poss\u00e9der lui aussi cet \u00ab&nbsp;or&nbsp;\u00bb, Alb\u00e9rich, le roi des nains, a renonc\u00e9 \u00e0 l\u2019amour : ainsi, surprenant les Filles du Rhin, les ondines filles du fleuve, Wellgunde, Flosshilde et Woglinde, charg\u00e9es par leur p\u00e8re de veiller sur l\u2019or cach\u00e9 au fond de ce fleuve, Alb\u00e9rich pourra poss\u00e9der l\u2019Anneau magique, form\u00e9 avec le m\u00e9tal de lumi\u00e8re. H\u00e9las, si l\u2019or \u00e9tait pur dans les profondeurs, il devient mal\u00e9fique lorsqu\u2019on le poss\u00e8de mat\u00e9riellement. Wotan, qui vole l\u2019anneau \u00e0 Alb\u00e9rich, se charge \u00e0 son tour de la mal\u00e9diction. Aussi c\u00e8de-t-il aux instances d\u2019<em>Erda<\/em>, la Terre maternelle et proph\u00e9tique : il livre le tr\u00e9sor aux G\u00e9ants avec le Casque magique et l\u2019Anneau, plut\u00f4t que de le rendre aux Filles du Rhin. Aussit\u00f4t en possession de l\u2019Or, les G\u00e9ants se battent : Fafner tue Fasolt et se change en dragon pour mieux garder le tr\u00e9sor.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"739\" height=\"1109\" data-attachment-id=\"15665\" data-permalink=\"https:\/\/polarismedia.fr\/en\/2025\/02\/28\/lanneau-des-nibelungen\/wotan\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/wotan.jpg?fit=896%2C1344&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"896,1344\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Wotan\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/wotan.jpg?fit=683%2C1024&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/wotan.jpg?resize=739%2C1109&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-15665\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><em>Wotan<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\"><strong>La Walkyrie <\/strong>marque l\u2019intervention de l\u2019homme. Wotan n\u2019a plus qu\u2019un d\u00e9sir : arracher l\u2019Or au dragon Fafner et le rendre aux Filles du Rhin. Ne pouvant intervenir lui-m\u00eame, dar il a jur\u00e9 sur les runes de sa propre lance, il suscite un h\u00e9ros, n\u00e9 des amours incestueuses de ses propres enfants : Siegmund et Sieglinde. Mais Alb\u00e9rich poursuivant sa vengeance, de terribles combats s\u2019engagent, \u00e0 l\u2019issue desquels Brunehilde &#8211; la <em>Walkyrie<\/em>, l\u2019a\u00efn\u00e9e des neuf filles que Wotan a eues avec Erda, la Terre &#8211; pour avoir sauv\u00e9 Sieglinde qui porte le futur Siegfried en son sein, est d\u00e9chue de sa divinit\u00e9. Prot\u00e9g\u00e9e par les cercles de feu dont Loge et Wotan l\u2019entourent, elle attend son lib\u00e9rateur : seul un h\u00e9ros inaccessible \u00e0 la peur pourra franchir l\u2019enceinte ign\u00e9e.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"739\" height=\"379\" data-attachment-id=\"15667\" data-permalink=\"https:\/\/polarismedia.fr\/en\/2025\/02\/28\/lanneau-des-nibelungen\/valkyrie\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/valkyrie.jpg?fit=1258%2C645&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1258,645\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;Klaus Kowalski&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;1728919569&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Valkyrie\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/valkyrie.jpg?fit=739%2C379&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/valkyrie.jpg?resize=739%2C379&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-15667\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><em>Walkyrie<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\"><strong>Siegfried<\/strong>, bien qu\u2019\u00e9lev\u00e9 par Mime, le fr\u00e8re d\u2019Alb\u00e9rich, est le symbole du courage et de la libert\u00e9. <em>\u00ab&nbsp;L\u2019homme libre s\u2019engendre lui-m\u00eame&nbsp;\u00bb<\/em>, dit Wagner. Il forge l\u2019\u00e9p\u00e9e Notung par laquelle l\u2019Or sera restitu\u00e9 aux Filles du Rhin. Siegfried comme Parsifal est un simple, un ignorant ne sachant rien de la mission qu\u2019il doit accomplir, et conduit par une force qui est ou bien Fatalit\u00e9 ou divine Prescience, mais qui toujours proc\u00e8de de l\u2019intuition. Souvent d\u2019ailleurs, contrairement \u00e0 Parsifal, il s\u2019en montre indigne et ob\u00e9it \u00e0 ses seuls instincts. Le h\u00e9ros se r\u00e9volte conte Wotan. Gr\u00e2ce \u00e0 son \u00e9p\u00e9e, il tue Fafner le dragon. N\u2019ayant gard\u00e9 du Tr\u00e9sor que l\u2019Anneau et le Casque magique, encore \u00e9clabouss\u00e9 du sang du monstre, il comprend enfin, d\u00e9pouill\u00e9 de l\u2019animalit\u00e9 et de l\u2019humanit\u00e9 inf\u00e9rieure, le chant de l\u2019Oiseau qui ne cesse de le suivre dans la for\u00eat, d\u00e9livre la Wakyrie et l\u2019\u00e9veille. Siegfried e Brunehilde travaillent \u00e0 instaurer d\u00e9sormais la Loi d\u2019Amour et Siegfried, pour mettre fin \u00e0 l\u2019antique mal\u00e9diction, brise la lance aux runes qui emprisonne la libert\u00e9 de Wotan.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"739\" height=\"856\" data-attachment-id=\"15668\" data-permalink=\"https:\/\/polarismedia.fr\/en\/2025\/02\/28\/lanneau-des-nibelungen\/siegfried-et-fafnir\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/siegfried-et-fafnir.jpg?fit=960%2C1112&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"960,1112\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Siegfried et Fafnir\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/siegfried-et-fafnir.jpg?fit=739%2C856&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/siegfried-et-fafnir.jpg?resize=739%2C856&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-15668\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><em>Siegfried et Fafner<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\"><strong>Le Cr\u00e9puscule des dieux<\/strong> est la traduction po\u00e9tique et musicale de l\u2019id\u00e9e de cycle, de fin d\u2019un monde et de naissance d\u2019un monde nouveau. (A la m\u00eame \u00e9poque, Nietzsche parlait d\u2019Eternel Retour). Les \u00e9pisodes des deux premiers actes montrent Siegfried en proie \u00e0 la machination de Hagen, fils d\u2019Alb\u00e9rich, le Nain maudit. Brunehilde, sse croyant trahie, d\u00e9cide la mort du h\u00e9ros, prend l\u2019Anneau \u00e0 son doigt, le passe au sien, et se jette dans le B\u00fbcher. Les flammes embrasent le Wallhalla, le Rhin d\u00e9borde et noie le B\u00fbcher ; les Filles du Rhin reprennent le Tr\u00e9sor et l\u2019Anneau qui retrouve ainsi sa puret\u00e9. Alors que <em>Siegfried <\/em>\u00e9tait un fervent hommage \u00e0 l\u2019\u00e9ternelle jeunesse, le <em>Cr\u00e9puscule<\/em> nous fait t\u00e9moins de toutes les puissances de d\u00e9cr\u00e9pitude, et, sous des aspects symboliques, \u00e0 la mort d\u2019un monde qui est le n\u00f4tre, \u00e0 la mal\u00e9diction due \u00e0 l\u2019emploi de la force, de la lutte \u00e9go\u00efste et bestiale pour la richesse et la puissance, et \u00e0 ses bouleversements politiques.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au triple point de vue biographique, th\u00e9matique et esth\u00e9tique, la T\u00e9tralogie de Richard Wagner (ses quatre op\u00e9ras L\u2019Or du Rhin, la Walkyrie, Siegfried, le Cr\u00e9puscule des Dieux formant Der Ring des Nibelungen) occupe une position centrale dans l\u2019univers wagn\u00e9rien. 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