{"id":14584,"date":"2025-02-06T00:04:31","date_gmt":"2025-02-05T23:04:31","guid":{"rendered":"https:\/\/polarismedia.fr\/?p=14584"},"modified":"2025-02-06T00:04:31","modified_gmt":"2025-02-05T23:04:31","slug":"robert-e-howard-et-le-genre-sabre-sorcellerie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/polarismedia.fr\/en\/2025\/02\/06\/robert-e-howard-et-le-genre-sabre-sorcellerie\/","title":{"rendered":"Robert E. Howard et le genre Sabre &amp; Sorcellerie"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Tout ex\u00e9g\u00e8te du genre Sabre et Sorcellerie <em>(Sword and Sorcery)<\/em> est tent\u00e9 d\u2019ouvrir le d\u00e9bat avec la figure de Robert Ervin Howard. Ne fut-il pas le premier \u00e9crivain \u00e0 cristalliser tous les \u00e9l\u00e9ments de <em>l\u2019heroic fantasy<\/em> pour leur donner cette forme \u00e9minemment reconnaissable aussi neuve qu\u2019excitante ?&nbsp;Eh bien non. Le style Sabre et Sorcellerie plonge ses racines bien plus loin que la premi\u00e8re production fantasy de Howard, parue dans les pages du d\u00e9sormais l\u00e9gendaire magazine <em>Weird Tales<\/em>. D\u2019une certaine fa\u00e7on, il remonte au commencement m\u00eame de la litt\u00e9rature.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"739\" height=\"529\" data-attachment-id=\"14611\" data-permalink=\"https:\/\/polarismedia.fr\/en\/2025\/02\/06\/robert-e-howard-et-le-genre-sabre-sorcellerie\/hf\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/hf.jpg?fit=767%2C549&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"767,549\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;credit&quot;:&quot;Klaus Kowalski&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;1738516621&quot;}\" data-image-title=\"hf\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/hf.jpg?fit=739%2C529&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/hf.jpg?resize=739%2C529&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-14611\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Le type du guerrier h\u00e9ro\u00efque \u00e0 la Conan, qui sillonne le monde pr\u00e9historique en qu\u00eate de monstres et de sorciers \u00e0 pourfendre, se trouvait d\u00e9j\u00e0 en St Georges, Siegfried, avec Beowulf et Hercule. <\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Mieux encore en prise sur la tradition moderne du <em>fantasy<\/em>, sont ces fables langoureuses et exquis\u00e9ment cisel\u00e9es, \u00e9crites par Lord Dunsany, soldat irlandais d\u2019origine normande, po\u00e8te, sportif, dramaturge et globe-trotter. Le premier ouvrage de cette veine de Lord Dunsany, <em>Les Dieux de Peg\u00e4na<\/em>, parut en 1905. Entre cette date et 1915, il publia sept plaquettes de fantasy qui sont les g\u00e9niteurs en ligne directe de la litt\u00e9rature howardienne.&nbsp;Les \u0153uvres de Dunsany s\u2019inspiraient des contes fabuleux de Gr\u00e8ce et de Rome, des r\u00e9cits d\u2019H\u00e9rodote et de Pline notamment, m\u00e2tin\u00e9s de f\u00e9\u00e9rie orientale fa\u00e7on contes des <em>Mille et Une Nuits<\/em>. On y d\u00e9c\u00e8le aussi des traces d\u2019\u00e9pop\u00e9es m\u00e9di\u00e9vales. La plupart de ces r\u00e9cits sont de toute \u00e9vidence trop d\u00e9sincarn\u00e9s et idylliques pour avoir influenc\u00e9 le genre Sabre et Sorcellerie, sinon tr\u00e8s superficiellement. Quelques-uns sont bien plus proches de l\u2019ambiance howardienne : citons, entre autres, <em>La Forteresse inexpugnable, sauf pour Sacnoth<\/em> dans <em>Le Glaive de Walleran<\/em> (1908), o\u00f9 le h\u00e9ros Leothric abat le dragon Tharagavverug. Il sculptera Sacnoth, le glaive enchant\u00e9, dans son squelette, pour occire Gaznak, le sorcier satanique. Autre exemple, <em>La Horde des Gibbelins<\/em>, nouvelle tir\u00e9e du <em>Livre des merveilles<\/em> o\u00f9 l\u2019on voit le roi Alderic tenter de se dresser contre les Gibbelins mangeurs d\u2019hommes : le malheureux conna\u00eetra une fin tragique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Les contes <em>Au Rebord du monde<\/em> de Lord Dunsany se situent dans des royaumes fabuleux et lointains, hors du champ de nos connaissances. Ce sont huit in\u00e9galables chefs-d\u2019\u0153uvre de pure fantasy, qui devraient constituer la pierre angulaire de toute biblioth\u00e8que en la mati\u00e8re. Le genre d\u2019ouvrage qu\u2019on peut lire et relire et relire \u00e0 l\u2019infini. L\u2019amateur \u00e9clair\u00e9 y reviendra sans cesse au fil des ann\u00e9es. H.P. Lovecraft \u00e9tait un grand admirateur des fabliaux de Dunsany. Bien avant de s\u2019offrir le r\u00e9gal de leur lecture par l\u2019\u00e9crivain en personne, le ma\u00eetre du macabre s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 livr\u00e9 \u00e0 des exp\u00e9riences sur les m\u00eames techniques d\u2019\u00e9criture. Voir et entendre Dunsany fut un choc qui pr\u00e9cipita Lovecraft dans une p\u00e9riode de cr\u00e9ativit\u00e9 litt\u00e9raire nettement dunsinienne. Cette phase, commenc\u00e9e en 1919, se termina en 1926 par un roman inachev\u00e9 intitul\u00e9 <em>Qu\u00eate onirique du Kadath inconnu<\/em>. Pendant ces huit ans, Lovecraft produisit une somme de travail consid\u00e9rable, qui t\u00e9moigne de l\u2019influence de Dunsany tant dans le choix des sujets que dans le style. <em>Polaris, La Mal\u00e9diction de Sarnath, Le Bateau blanc, Les Chats d\u2019Ulthar, C\u00e9phala\u00efs<\/em> : ces r\u00e9cits se succ\u00e9deront \u00e0 une cadence acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e. De nos jours, Lovecraft est plus connu pour ses <em>Mythes de Cthulhu<\/em>, r\u00e9dig\u00e9s plus tard. Son cycle de jeunesse, <em>Dreamlands<\/em>, a aussi de fervents admirateurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Peu apr\u00e8s, Lovecraft vendit pour la premi\u00e8re fois une histoire &#8211; <em>Dagon<\/em> &#8211; \u00e0 un pulp magazine tout r\u00e9cemment lanc\u00e9, <em>Weird Tales<\/em>. Ce r\u00e9cit, publi\u00e9 dans le plus c\u00e9l\u00e8bre des pulps, sortit en 1923 &#8211; donc la premi\u00e8re ann\u00e9e du journal. La popularit\u00e9 de cette \u0153uvre s\u2019affirma tr\u00e8s vite parmi les lecteurs de <em>Weird Tales<\/em>, au point que l\u2019auteur finit par devenir le plus demand\u00e9 de tous ceux qui collaboraient \u00e0 la revue. Aucun, depuis lors, &#8211; car <em>Weird Tales<\/em> continue de para\u00eetre &#8211; n\u2019a jamais pu le d\u00e9tr\u00f4ner. En 1922, Lovecraft entama une correspondance avec Clark Ashton Smith, artiste, po\u00e8te, sculpteur, traducteur et \u00e9crivain de science-fiction californien, en qui il d\u00e9couvrit une \u00e2me s\u0153ur. Lovecraft insista pour que le r\u00e9dacteur de <em>Weird Tales<\/em> sollicite la collaboration de Smith. Les \u0153uvres de ce dernier parurent donc dans le magazine \u00e0 partir du num\u00e9ro d\u2019ao\u00fbt 1922.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"739\" height=\"1113\" data-attachment-id=\"14613\" data-permalink=\"https:\/\/polarismedia.fr\/en\/2025\/02\/06\/robert-e-howard-et-le-genre-sabre-sorcellerie\/weird_tales_december_1936\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/weird_tales_december_1936.jpg?fit=1930%2C2906&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1930,2906\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"Weird_Tales_December_1936\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/weird_tales_december_1936.jpg?fit=680%2C1024&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/weird_tales_december_1936.jpg?resize=739%2C1113&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-14613\" style=\"width:509px;height:auto\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Lovecraft \u00e9tait volontiers pros\u00e9lyte : il adorait imposer ses romans et auteurs pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s \u00e0 ses connaissances &#8211; ses lettres en font foi. Si Smith n\u2019avait d\u00e9couvert Dunsany tout seul, nul doute que la recommandation dithyrambique de son ami eut attir\u00e9 son attention sur lui. La premi\u00e8re publication de Smith dans <em>Weird Tales, Le Neuvi\u00e8me squelette<\/em>, parut en septembre 1928. Ni ce premier r\u00e9cit, ni ceux qui suivirent ne s\u2019inspiraient de Dunsany ni de Lovecraft. Mais avec <em>La Derni\u00e8re incantation<\/em>, leur double influence commence \u00e0 se faire sentir. Il s\u2019agit du premier cycle de r\u00e9cits ayant pour cadre Pos\u00e9idonis &#8211; derni\u00e8re \u00eele de l\u2019Atlantide. <em>L\u2019Histoire de Satampra Zeiros<\/em>, d\u00e9but d\u2019une s\u00e9rie se d\u00e9roulant sur la nation historique d\u2019Hyperbor\u00e9e, lui succ\u00e9da. Puis vint <em>L\u2019Empire des N\u00e9cromants<\/em>, bas\u00e9 cette fois sur le continent de Zothique, dans un lointain futur. Lovecraft \u00e9tait fascin\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de Dunsany : cr\u00e9er un milieu imaginaire pour y situer ses intrigues fantastiques. Quand un \u00e9crivain concocte lui-m\u00eame de A \u00e0 Z la g\u00e9ographie et l\u2019histoire des royaumes o\u00f9 se passera son roman, il peut laisser le champ libre \u00e0 son imaginaire, bien plus que s\u2019il s\u2019en tenait \u00e0 un cadre historique. Smith le sentit d\u2019embl\u00e9e. Il choisit l\u2019Atlantide, Hyperbor\u00e9e et d\u2019autres contr\u00e9es l\u00e9gendaires qui, selon les occultistes, engendr\u00e8rent des civilisations avanc\u00e9es, bien avant le d\u00e9but de l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Les \u0153uvres de Smith diff\u00e8rent du cycle dunsinien de Lovecraft, en ceci qu\u2019on y trouve davantage d\u2019action, d\u2019aventure. L\u2019intrigue porte souvent sur une qu\u00eate : je songe au jeune guerrier Tiglari dans <em>Le D\u00e9dale de Maal Dweb,<\/em> \u00e0 Satampra Zeitos, audacieux et un peu filou, ou encore au vaillant Ralibar Vosz, dont la recherche est rapport\u00e9e dans <em>Les Sept Gu\u00e8zes<\/em>. La filiation litt\u00e9raire de ces histoires, de Dunsany \u00e0 Smith, et \u00e9galement de Dunsany \u00e0 Smith via Lovecraft, est perceptible dans les noms propres, qui exhalent le m\u00eame parfum caract\u00e9ristique sign\u00e9 Dunsany.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Inventer des mondes est un travail extr\u00eamement complexe. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il est plus simple de cr\u00e9er de toutes pi\u00e8ces le cadre o\u00f9 l\u2019on entend faire \u00e9voluer ses h\u00e9ros, plut\u00f4t que d\u2019utiliser des lieux historiques tels que Babylone ou l\u2019\u00c9gypte : cela \u00e9pargne des travaux de recherche fastidieux. Mais l\u2019inventer implique d\u2019autres difficult\u00e9s. Si vous lisez un ouvrage se passant, disons, en \u00c9gypte ancienne, vous \u00eates d\u00e9j\u00e0, par vos autres lectures, en possession d\u2019un certain nombre de donn\u00e9es sur la p\u00e9riode en question. Mais le lecteur parachut\u00e9 dans la Sarnath ou la Lomar de Lovecraft, ou la Zothique de Smith, en Hyperbor\u00e9e ou \u00e0 Xiccarph, ne sait rien de ces mondes que ce qu\u2019il pla\u00eet \u00e0 leur cr\u00e9ateur de lui en r\u00e9v\u00e9ler. Il est tentant alors de donner trop ou trop peu d\u2019informations. C\u2019est le cas de ces \u0153uvres de Michael Moorcock, qui semblent flotter hors de l\u2019espace-temps, sans lien narratif pour les ancrer fermement \u00e0 la Terra Cognita &#8211; au champ de nos connaissances. D\u2019autres assomment le lecteur de renseignement parfaitement superf\u00e9tatoires : voyez par exemple le roman r\u00e9cent de Philip Jos\u00e9 Farmer, <em>Hadon de l\u2019antique Hopar<\/em>. Comme il avait choisi de travailler au plus pr\u00e8s de fables, l\u00e9gendes et contes de f\u00e9es, Dunsany n\u2019avait besoin d\u2019aucune donn\u00e9e d\u2019arri\u00e8re-plan ou presque. Quand Lovecraft se mit \u00e0 cr\u00e9er des royaumes fantasy fa\u00e7on Dunsany, il conserva la forme et l\u2019ambiance des l\u00e9gendes et mythes. Clark Ashton Smith, pour sa part, \u00e9crivait des r\u00e9cits beaucoup plus actuels. Ses h\u00e9ros \u00e9taient humains. Ils avaient des soucis et couraient des dangers hors de tout contexte fabuleux. Smith fait ind\u00e9niablement un effort pour rattacher ses intrigues \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. On peut par exemple reconstituer l\u2019ordre chronologique de ses romans zothiques gr\u00e2ce \u00e0 des indices contenus dans le texte. Ce serait beaucoup plus hasardeux avec Lovecraft ou &#8211; \u00e0 de rares exceptions pr\u00e8s &#8211; avec Dunsany.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"720\" height=\"531\" data-attachment-id=\"14616\" data-permalink=\"https:\/\/polarismedia.fr\/en\/2025\/02\/06\/robert-e-howard-et-le-genre-sabre-sorcellerie\/474494558_1140725104719208_1663555201606041139_n\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/474494558_1140725104719208_1663555201606041139_n.jpg?fit=720%2C531&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"720,531\" data-comments-opened=\"0\" data-image-title=\"474494558_1140725104719208_1663555201606041139_n\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/474494558_1140725104719208_1663555201606041139_n.jpg?fit=720%2C531&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/474494558_1140725104719208_1663555201606041139_n.jpg?resize=720%2C531&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-14616\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Lorsque Robert E. Howard (1906 &#8211; 1936) entre en sc\u00e8ne, il apporte \u00e0 ses romans un r\u00e9alisme bien plus exigeant que ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs. Ceux-ci avaient de la pr\u00e9histoire une conception romantique. Lui, fait preuve d\u2019un mat\u00e9rialisme f\u00e9roce. Les personnages de Smith ou de Lovecraft affrontent avec gr\u00e2ce une justice immanente teint\u00e9e d\u2019ironie po\u00e9tique. Pas ceux de Howard ! Ses \u00e9crits puent le sang, la crasse, la sueur. Conan est plus grand que nature, mais il n\u2019ira jamais se lancer dans des qu\u00eates romantiques. C\u2019est un mercenaire qui se bat contre argent comptant, un aventurier par force. Il lutte pour survivre dans un monde somptueux et barbare o\u00f9 les gens souffrent, o\u00f9 m\u00eame les h\u00e9ros connaissent la d\u00e9faite, o\u00f9 tout ne finit pas forc\u00e9ment bien. Howard, un Texan coriace et baraqu\u00e9, vendit sa premi\u00e8re histoire \u00e0 <em>Weird Tales<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quinze ans. Elle \u00e9tait intitul\u00e9e <em>Lance et croc<\/em> et parut dans le num\u00e9ro de juillet 1925. Elle mettait en sc\u00e8ne des hommes des cavernes. Puis vint, d\u00e8s l\u2019ann\u00e9e suivante, <em>Cr\u00e2ne de loup<\/em>, un r\u00e9cit d\u2019aventure historique dans un style \u00e0 la Rafael Sabatini. Howard s\u2019\u00e9tait nourri de Burroughs, Haggard, Mundy et Rohmer, Harold Lamb et des romands de W. Chambers sur les guerres entre Fran\u00e7ais et Indiens dans l\u2019\u00c9tat de New York. Il voulait \u00e9crire des ouvrages historiques et gagner sa place dans <em>Argosy<\/em>. Il d\u00e9couvrit rapidement qu\u2019il lui serait impossible de percer sur ce march\u00e9 : il lui aurait fallu pour cela entrer en comp\u00e9tition directe avec des auteurs plus \u00e2g\u00e9s et plus c\u00e9l\u00e8bres, pour ne pas parler de Jack London ou de James Oliver Curwood. Alors, il se rabattit sur <em>Weird Tales<\/em>. Il se mit \u00e0 lui vendre des r\u00e9cits d\u2019aventures, contenant juste assez de surnaturel et de magie noire pour pouvoir \u00eatre publi\u00e9s dans un magazine qui se faisait une sp\u00e9cialit\u00e9 de l\u2019\u00e9trange. Smith, Howard et Lovecraft, les trois plus illustres collaborateurs de <em>Weird Tales<\/em>, se connaissaient bien. Ils \u00e9taient amis, correspondaient assid\u00fbment, et se lisaient entre eux leurs manuscrits &#8211; des ann\u00e9es parfois avant de les voir imprim\u00e9s. Cela facilite en un sens la recherche d\u2019exemples d\u2019influence entre les trois\u2026 \u00e0 moins que cela ne la complique. Si l\u2019on voit clairement les contes atlantes de Smith se profiler derri\u00e8re le roi Kull de Howard, il est impossible d\u2019en trouver confirmation dans les dates : la seule que nous connaissons est celle de la publication. En 1929, enfin, Howard vendit son premier r\u00e9cit nouvelle mani\u00e8re \u00e0 <em>Weird Tales<\/em>. Il s\u2019intitulait <em>L\u2019Empire fant\u00f4me<\/em> et donnait au monde l\u2019aventure initiale d\u2019un Atlante errant nomm\u00e9 Kull. C\u2019est ainsi qu\u2019est n\u00e9 le genre <em>Sword and Sorcery<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Comme son plus fameux personnage, Robert E. Howard passa de l\u2019\u00e9tat d\u2019enfant ch\u00e9tif \u00e0 celui de colosse de pr\u00e8s de deux m\u00e8tres et cent kilos, pratiquant intensivement le sport, de la boxe \u00e0 l\u2019\u00e9quitation. Et pourtant, il ne franchira presque jamais le seuil de la maison familiale de Peaster (Texas) o\u00f9 il \u00e9tait n\u00e9 le 22 janvier 1906. Passionn\u00e9 de litt\u00e9rature et d\u2019histoire, lecteur insatiable, il commence \u00e0 \u00e9crire \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 9 ans. N\u00e9vros\u00e9, hypersensible, secret (certains, dans son entourage proche, ignorent qu\u2019il \u00e9crit), exag\u00e9r\u00e9ment attach\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re (il manque de se suicider \u00e0 trois reprises \u00e0 cause de la maladie de cette derni\u00e8re), totalement indiff\u00e9rent \u00e0 son p\u00e8re, il est traumatis\u00e9 \u00e0 24 ans par la mort de son chien, qu\u2019il refuse d\u2019admettre. \u00c9corch\u00e9 vif vivant dans des mondes imaginaires, \u00e9ternel adolescent, Howard est aussi totalement parano\u00efaque, persuad\u00e9 d\u2019\u00eatre perp\u00e9tuellement menac\u00e9, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 s\u2019emparer d\u2019une arme pour mettre en fuite des ennemis invisibles ! Dans toute situation, il se d\u00e9connecte du r\u00e9el, s\u2019imagine chevalier, trappeur ou soldat, luttant seul au c\u0153ur d\u2019un monde primitif, brutal et inqui\u00e9tant, o\u00f9 le courage et la force sont les meilleures armes qui soient. Ne cessant jamais d\u2019\u00e9crire, souvent dans un \u00e9tat proche de la transe (Howard raconte que ce sont ses personnages qui lui dictent leurs aventures), il va laisser derri\u00e8re lui une \u0153uvre colossale et de grande qualit\u00e9, b\u00e2tie en moins de 15 ans. Ses \u00e9crits paraissent \u00e0 partir de 1920, professionnellement en 1925 comme mentionn\u00e9 plus haut, et jusqu\u2019\u00e0 1930, dans <em>Weird Tales<\/em> et bien d\u2019autres pulps. Au cours de cette \u00e9poque, Howard s\u2019essaie \u00e0 tous les genres litt\u00e9raires (sportif, policier, aventure, western, etc.). Outre Conan, dont il a \u00e9crit 18 aventures (poursuivies plus tard par Sprague de Camp, Lin Carter ou Robert Jordan), il va donner vie \u00e0 bien d\u2019autres personnages comme Kull, Solomon Kane, El Borak ou Bran Mak Morn. Mais le Cimm\u00e9rien demeure sa cr\u00e9ation la plus achev\u00e9e, et celle \u00e0 laquelle on peut le plus l\u2019identifier. N\u00e9 sur un champ de bataille, fils d\u2019un forgeron d\u2019origine m\u00e9ridionale qui \u00e9migra vers les sauvages et arides territoires du Nord, Conan est un \u00eatre violent, solitaire, errant, vivant dans l\u2019instant, guett\u00e9 perp\u00e9tuellement par la mort toute proche. S\u2019il tire jouissance du vin et des femmes, s\u2019il rit parfois, Conan est avant tout un guerrier implacable, combattant de toutes ses forces pour survivre dans un monde brutal et surnaturel dans lequel l\u2019a plac\u00e9 Howard. Un monde parfaitement d\u00e9crit par ce dernier, compos\u00e9 de multiples r\u00e9gions et ethnies, et situ\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge Hyborien, 8 000 ans apr\u00e8s l\u2019engloutissement de l\u2019Atlantide, soit il y a quelque 12 000 ans. Conan est un fougueux m\u00e9lange de Sinbad et du Roi Arthur, ne respectant qu\u2019un seul dieu (Crom), parcourant les contr\u00e9es les plus hostiles, sillonnant les mers, s\u2019emparant d\u2019incalculables tr\u00e9sors, luttant contre monstres et sorciers, vivant une idylle tumultueuse avec la f\u00e9line B\u00ealit, reine de la C\u00f4te Noire. Son cuir tann\u00e9 par le soleil et le froid, il craint plus le luxe des palais que les steppes enneig\u00e9es battues par le vent ou les d\u00e9serts cuisants. Combattre est sa raison de vivre et l\u2019action son moteur, qui le conduiront sur le tr\u00f4ne d\u2019Aquilonie, \u00e0 l\u2019approche de ses 50 ans. Un \u00e2ge que n\u2019atteindra jamais Robert E. Howard. Apprenant le d\u00e9c\u00e8s imminent de sa m\u00e8re le 11 juin 1936, il s\u2019empare d\u2019une arme et se tire une balle dans la t\u00eate. Sa m\u00e8re meurt le lendemain et tous deux seront enterr\u00e9s le 14 juin. Howard n\u2019avait donc que 30 ans et v\u00e9cut sans jamais trouver sa place dans notre r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"739\" height=\"1017\" data-attachment-id=\"14614\" data-permalink=\"https:\/\/polarismedia.fr\/en\/2025\/02\/06\/robert-e-howard-et-le-genre-sabre-sorcellerie\/gh2lc5ebkaavuol\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/gh2lc5ebkaavuol.jpeg?fit=1052%2C1448&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1052,1448\" data-comments-opened=\"0\" data-image-title=\"Gh2LC5ebkAAvuoL\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/gh2lc5ebkaavuol.jpeg?fit=739%2C1017&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/gh2lc5ebkaavuol.jpeg?resize=739%2C1017&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-14614\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><em>\u00ab\u00a0Un jour, quand toute votre civilisation et votre science seront \u00e9galement balay\u00e9es, votre esp\u00e8ce priera pour un homme avec une \u00e9p\u00e9e.\u00a0\u00bb &#8211; Robert E. Howard<\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout ex\u00e9g\u00e8te du genre Sabre et Sorcellerie (Sword and Sorcery) est tent\u00e9 d\u2019ouvrir le d\u00e9bat avec la figure de Robert Ervin Howard. Ne fut-il pas le premier \u00e9crivain \u00e0 cristalliser tous les \u00e9l\u00e9ments de l\u2019heroic fantasy pour leur donner cette forme \u00e9minemment reconnaissable aussi neuve qu\u2019excitante ?&nbsp;Eh bien non. Le style Sabre et Sorcellerie plonge&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/polarismedia.fr\/en\/2025\/02\/06\/robert-e-howard-et-le-genre-sabre-sorcellerie\/\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Robert E. 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