{"id":12435,"date":"2024-11-10T00:34:53","date_gmt":"2024-11-09T23:34:53","guid":{"rendered":"https:\/\/polarismedia.fr\/?p=12435"},"modified":"2026-07-31T02:12:15","modified_gmt":"2026-07-31T00:12:15","slug":"aux-sources-de-lheraldique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/polarismedia.fr\/en\/2024\/11\/10\/aux-sources-de-lheraldique\/","title":{"rendered":"Aux sources de l&rsquo;h\u00e9raldique"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">L\u2019homme plac\u00e9 par les forces cr\u00e9atrices de la mati\u00e8re et de l\u2019univers, se trouve confront\u00e9 \u00e0 deux courants de forces contraires : celles qui lui permettent de subsister en tant qu\u2019<em>individu<\/em> et celles qui sollicitent son retour au <em>tronc commun<\/em> des \u00eatres et des choses. Tant\u00f4t il se conna\u00eet comme personne n\u00e9cessaire, diff\u00e9rente de tout ce qui l\u2019entoure, tant\u00f4t son besoin de communiquer avec ce monde le pousse \u00e0 souhaiter une union plus intime avec ce que supposent les manifestations cosmiques : \u00catre \u00e9ternel, Force inconnue, ou cycle sans fin d\u2019interm\u00e9diaires qui lui \u00e9chappent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Dans une premi\u00e8re p\u00e9riode qui s\u2019\u00e9tend de la protohistoire jusque vers l\u2019an 1100 de notre \u00e8re, \u00e9poque pr\u00e9-h\u00e9raldique, les rapports de l\u2019homme avec ses semblables d\u00e9pendent d\u2019imp\u00e9ratifs du m\u00eame ordre. Il y eut : lui et les autres. Les groupements qui \u00e0 l\u2019origine lui permirent de subsister se superpos\u00e8rent ; le clan \u00e0 la famille, la peuplade \u00e0 la tribu. A la t\u00eate de chaque communaut\u00e9 il fallut une autorit\u00e9 charg\u00e9e de r\u00e9gler avec justice les conflits surgis entre ces personnalit\u00e9s juridiques concurrentes ainsi qu\u2019entre elles et les individus dont elles restreignaient les libert\u00e9s apr\u00e8s avoir contribu\u00e9 \u00e0 leur service. Ce fut le p\u00e8re de famille, le chef de tribu, le pr\u00eatre-roi.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Dans la mentalit\u00e9 primitive ces rapports ont \u00e9t\u00e9 per\u00e7us de fa\u00e7on fort complexe, fort diff\u00e9rente de notre logique actuelle, et cependant capable de nous renseigner sur les lois et les processus \u00e9ternels. Il s\u2019agit d\u2019une logique originelle, expression directe de la structure de l\u2019esprit, et derri\u00e8re l\u2019esprit, sans doute du cerveau. Ces rapports se concr\u00e9tis\u00e8rent donc sous forme de symboles tot\u00e9miques, qui comme tous les autres symboles rituels repr\u00e9sentent les points de rep\u00e8re id\u00e9ologiques que l\u2019individu utilise pour se guider. On s\u2019est aper\u00e7u par l\u2019\u00e9tude des diverses peuplades tot\u00e9miques que les \u00ab&nbsp;primitifs&nbsp;\u00bb savaient d\u00e9j\u00e0 qu\u2019un individu, en tant que personne sociale, cumule des r\u00f4les multiples dont chacun correspond \u00e0 un des aspects ou \u00e0 une fonction de la soci\u00e9t\u00e9. Comme membre d\u2019un clan, l\u2019homme rel\u00e8ve d\u2019anc\u00eatres communs et \u00e9loign\u00e9s, symbolis\u00e9s par des animaux sacr\u00e9s ; comme membre d\u2019une lign\u00e9e, d\u2019anc\u00eatres plus rapproch\u00e9s symbolis\u00e9s par des totems ; comme individu enfin, d\u2019anc\u00eatres particuliers qui peuvent se manifester \u00e0 lui par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un animal domestique ou d\u2019un gibier. Il y a indubitablement un restant lointain de cela, et de l\u2019animal tot\u00e9mique, avec l\u2019id\u00e9e des \u00ab&nbsp;Dead Rabbits&nbsp;\u00bb et leur lapin mort brandi en \u00e9tendard, allant au combat contre les \u00ab&nbsp;Natifs&nbsp;\u00bb dans le film de Martin Scorsese <em>Gangs of New York<\/em> (L\u00e9onardo Di Caprio, Liam Neeson, Daniel Day-Lewis\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Les notions contraires d\u2019opposition et de synergie cit\u00e9es plus haut, appliqu\u00e9es aux diff\u00e9rents niveaux de l\u2019organisation sociale et dont les lignes de force viennent se recouper un m\u00eame individu, se retrouvent au d\u00e9but de l\u2019h\u00e9raldique et en conditionnent le d\u00e9veloppement. De l\u00e0 viennent les fluctuations qui marquent les premi\u00e8res ann\u00e9es de la science des blasons et en rendent si difficile l\u2019interpr\u00e9tation. Elles ob\u00e9issent \u00e0 des lois ant\u00e9rieures \u00e0 celles du blason, et inh\u00e9rentes \u00e0 la nature de l\u2019esprit humain, \u00e0 des lois immuables.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Un document aussi significatif que la c\u00e9l\u00e8bre \u00ab&nbsp;Tapisserie de Bayeux&nbsp;\u00bb, tr\u00e8s proche par sa date des premi\u00e8res manifestations h\u00e9raldiques en apporte la preuve. Examinons les marques et embl\u00e8mes peints sur les boucliers et les gonfanons de ce document. La grande majorit\u00e9 des motifs des boucliers semble r\u00e9partie au hasard et se retrouve dans chacun des camps adverses. Un petit groupe de cavaliers fait exception, car chacun porte une marque diff\u00e9rente sur son bouclier. Si on ne peut dire \u00e0 l\u2019\u00e9poque qu\u2019il s\u2019agisse de v\u00e9ritables armoiries avec les caract\u00e8res que nous leur connaissons, il est certain que ce sont des marques individuelles dont l\u2019existence est confirm\u00e9e de fa\u00e7on certaine d\u00e8s cette date. Cette marque symbolique individuelle et non familiale existait d\u00e9j\u00e0 quelque deux mille ans avant notre \u00e8re dans le Proche-Orient. C\u2019est ainsi qu\u2019au mus\u00e9e d\u2019Ath\u00e8nes on peut voir d\u2019importantes collections de sceaux grav\u00e9s sur pierre ou sur or, le plus souvent sous forme de bagues analogues \u00e0 nos chevali\u00e8res modernes. Chacun de ces embl\u00e8mes servait de signature \u00e0 son propri\u00e9taire par apposition sur un cachet d\u2019argile, comme on le fait encore avec de la cire. Ces chevali\u00e8res proviennent des tombes de Myc\u00e8nes. Simultan\u00e9ment nous voyons des cachets ronds, portant aussi des marques individuelles, en provenance de la Cr\u00e8te ou de Santorin (l\u2019ancienne Th\u00e9ra). Sur les fresques des palais de Minos \u00e0 Cnossos comme sur celles contemporaines de Th\u00e9ra, nous voyons que les hommes de l\u2019\u00e9poque portaient ces cachets attach\u00e9s au poignet gauche par un bracelet, ce qui leur donne l\u2019air d\u2019avoir un bracelet montre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Mais revenons au Moyen \u00c2ge, o\u00f9 chaque seigneur non seulement pouvait poss\u00e9der un embl\u00e8me, mais encore un m\u00eame personnage usait parfois de plusieurs \u00e9cus diff\u00e9rents en fonction de la conjoncture. Outre ces marques individuelles, non fix\u00e9es encore, les chevaliers de ce temps utilis\u00e8rent des embl\u00e8mes correspondant \u00e0 des symboles de groupes. Ceux-ci r\u00e9p\u00e9t\u00e9s sur un grand nombre de boucliers n\u2019y apparaissent que lorsque l\u2019arm\u00e9e atteint une certaine importance num\u00e9rique. L\u2019embl\u00e8me individuel \u00e9tait donc utilis\u00e9 en dehors des guerres, ou dans des conflits priv\u00e9s entre voisins, tandis que le symbole de groupe \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 des manifestations officielles, \u00e0 l\u2019ost f\u00e9odal lev\u00e9 par un suzerain.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">L\u2019examen de la \u00ab&nbsp;Tapisserie&nbsp;\u00bb montre que dans la bataille les embl\u00e8mes personnels disparaissent, mais ce qui complique le probl\u00e8me, c\u2019est que les embl\u00e8mes figur\u00e9s ne correspondant pas exactement aux arm\u00e9es en pr\u00e9sence. Ces symboles ne pr\u00e9sentent pas de grande vari\u00e9t\u00e9. Ils se ram\u00e8nent \u00e0 deux : un dragon ail\u00e9 \u00e0 queue en spirale pour les chevaliers normands, et chez les Saxons de Grande-Bretagne une sorte de swastika dont les extr\u00e9mit\u00e9s se perdent contre le bord du bouclier, mais le symbole reste clairement reconnaissable par la courbure des branches, comme l&rsquo;\u00e9quivalent basque, vu \u00e9galement sur les boucliers vikings, embl\u00e8me solaire dont le nombre 4 de ses branches est rappelons-le celui de la mati\u00e8re, de l&rsquo;espace, de la cr\u00e9ation manifest\u00e9e, hi\u00e9roglyphe du \u00ab\u00a0chemin\u00a0\u00bb, de la \u00ab\u00a0voie \u00e0 suivre\u00a0\u00bb. Or ce swastika se retrouve aussi chez les Bretons lors de l\u2019exp\u00e9dition de Dinan et m\u00eame chez les Normands dans cette m\u00eame exp\u00e9dition. Ceci engage \u00e0 ne consid\u00e9rer ces figures que comme des signes ethniques ayant des implications religieuses et non comme des marques d\u2019arm\u00e9es. Ces derni\u00e8res apparaitront d\u2019abord sur les banni\u00e8res, et peut-\u00eatre celles-ci jetteront-elles un pont entre l\u2019h\u00e9raldique et les embl\u00e8mes militaires des grandes unit\u00e9s. Ce que l\u2019on peut en d\u00e9duire, c\u2019est que les signes des banni\u00e8res appartenaient \u00e0 un syst\u00e8me diff\u00e9rent de celui des boucliers. Ce qui est important, c\u2019est qu\u2019un dragon orne le bouclier de l\u2019\u00e9cuyer accompagnant Guillaume de Normandie tandis que celui de l\u2019\u00e9cuyer d\u2019Harold le Saxon porte un swastika. A l\u2019approche du d\u00e9nouement de la bataille d\u2019Hastings, le dragon figure sur le bouclier d\u2019un chevalier normand bousculant le dernier carr\u00e9 d\u2019infanterie saxonne portant des swastikas. Harlod lui-m\u00eame s\u2019abrite derri\u00e8re un \u00e9cu portant un swastika avant de tomber frapp\u00e9 \u00e0 mort. Le drame est jou\u00e9. L\u2019\u00e9tendard d\u2019Harold g\u00eet sur le sol au milieu des cadavres sans que pour autant les croyances des chevaliers normands aient chang\u00e9, et cependant dans cette sc\u00e8ne finale l\u2019\u00e9tendard d\u2019Harold porte lui aussi un dragon ! C\u2019est l\u00e0 une des contradictions auxquelles n\u2019a pu \u00e9chapper la propagande. En r\u00e9alit\u00e9 Normands et Saxons portaient en guise d\u2019\u00e9tendard le m\u00eame dragon, qui avait \u00e9t\u00e9 celui des Daces et de nombreux peuples de l\u2019antiquit\u00e9. La Garde Pr\u00e9torienne romaine l\u2019avait m\u00eame adopt\u00e9 et il figure en cette qualit\u00e9 sur la colonne Trajane.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"739\" height=\"274\" data-attachment-id=\"12450\" data-permalink=\"https:\/\/polarismedia.fr\/en\/2024\/11\/10\/aux-sources-de-lheraldique\/bayeux\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/bayeux.jpg?fit=861%2C319&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"861,319\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"Bayeux\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/bayeux.jpg?fit=739%2C274&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/bayeux.jpg?resize=739%2C274&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-12450\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><em>Tapisserie de Bayeux. A gauche, dragon ail\u00e9 \u00e0 queue en spirale sur les boucliers des chevaliers normands. A droite, le swastika sur les boucliers des deux premiers personnages.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Mais c\u2019\u00e9tait un embl\u00e8me que l\u2019on pouvait consid\u00e9rer comme pa\u00efen. Or Guillaume en bon politique s\u2019\u00e9tait assur\u00e9 l\u2019appui des princes chr\u00e9tiens en se conciliant le Pape. Ce soutien officiel s\u2019exprima par la remise d\u2019un \u00e9tendard brod\u00e9 d\u2019une croix. Sur la tapisserie nous voyons donc les drakkars, et en particulier le drakkar ducal associer le dragon \u00e0 la croix. Ces bateaux fr\u00e9t\u00e9s pour le d\u00e9barquement en Angleterre sont du type Viking. Celui de Guillaume, \u00ab&nbsp;le Mora&nbsp;\u00bb, a un dragon en figure de proue, plus haut et plus \u00e9lanc\u00e9 que les autres. C\u2019est exactement le \u00ab&nbsp;Grand Dragon&nbsp;\u00bb r\u00e9serv\u00e9 chez les Vikings au Jarl, chef d\u2019escadre. Mais au sommet du m\u00e2t se voit une banni\u00e8re portant la croix. Guillaume est accompagn\u00e9 du \u00ab&nbsp;Porte Dragon&nbsp;\u00bb, chevalier pourvu de cette charge officielle qui dot\u00e9e d\u2019une propri\u00e9t\u00e9 terrienne restera attach\u00e9e plus tard au fief et subsistera jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution apr\u00e8s son passage dans la famille d\u2019Harcourt, avec la pr\u00e9rogative de \u00ab&nbsp;Premiers barons de Normandie&nbsp;\u00bb. Curieusement, pour une raison moins politique qu\u2019\u00e9sot\u00e9rique, au cours de cette bataille, le \u00ab&nbsp;porte-dragon&nbsp;\u00bb tient une banni\u00e8re portant non le dragon, mais le corbeau d\u2019Odin (Wotan), ce qui montre que Guillaume ne reniait pas ses croyances ancestrales et que la croix flottant au sommet du m\u00e2t n\u2019\u00e9tait l\u00e0 que pour la galerie. Mais cependant cet \u00e9tendard \u00e0 la croix r\u00e9v\u00e8le l\u2019aube d\u2019une \u00e8re nouvelle qui ne s\u2019\u00e9panouira que sous Henri Ier, fils de Guillaume, et dont Henri II se voudra le continuateur. C\u2019est sous Henri Ier surnomm\u00e9 Beauclerc, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019Initi\u00e9, que Geoffroy de Montmouth posera les rudiments de ce qui sera le Cycle de la Table Ronde o\u00f9 les l\u00e9gendes celtiques se christianiseront. L\u2019\u00e9tendard du roi Arthur unira le Dragon et la Croix comme le drakkar de Guillaume.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Certes d\u00e8s Henri Ier et plus encore sous son petit-fils Henri II, les clercs lettr\u00e9s s\u2019adress\u00e8rent \u00e0 une autre source d\u2019inspiration. Un certain apport n\u00e9o-platonicien viendra relayer le celtisme christianis\u00e9 ou plut\u00f4t se fondre avec lui. En m\u00eame temps apparaissent les premiers blasons, mais l\u2019h\u00e9raldique n\u2019existe pas encore car les r\u00e8gles n\u2019en sont pas encore pos\u00e9es. A ce moment si particulier de l\u2019\u00e9volution des figures, celles-ci s\u2019orientent d\u00e9j\u00e0 vers l\u2019avenir sans avoir encore bris\u00e9 toutes leurs attaches avec le pass\u00e9. Ce qui est certain, et peut servir de guide, c\u2019est que les romans de chevalerie et le d\u00e9but des armoiries suivent une courbe rigoureusement parall\u00e8le. Il faudra plus d\u2019un si\u00e8cle pour r\u00e9unir les conditions qui d\u00e9clencheront la mutation h\u00e9raldique et sa fixation d\u00e9finitive. C\u2019est ainsi que d\u2019abord les armoiries furent <em>personnelles <\/em>puis s\u2019attach\u00e8rent \u00e0 la terre. On changeait alors d\u2019armoiries en changeant si l\u2019on changeait de fief. Le blason ainsi n\u2019appartenait plus \u00e0 l\u2019individu, mais ne se confondait pas encore avec la famille. Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la fin du XIIIe si\u00e8cle et surtout du XIVe si\u00e8cle que le blason passe de la terre \u00e0 la famille et la suit m\u00eame apr\u00e8s la perte du fief. Mais alors l\u2019expression d\u2019une forte personnalit\u00e9 individuelle ne peut plus se faire sentir. De l\u00e0 na\u00eetra le syst\u00e8me des brisures pour diff\u00e9rencier les branches puis les individus d\u2019une m\u00eame famille, par l\u2019adjonction d\u2019un meuble ou d\u2019une pi\u00e8ce aux armes du chef de famille. Ce syst\u00e8me a \u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialement codifi\u00e9 dans l\u2019h\u00e9raldique anglaise o\u00f9 chaque branche et chaque individu dans chaque branche ajoute une pi\u00e8ce d\u00e9termin\u00e9e par son rang g\u00e9n\u00e9alogique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Le document le plus ancien qui fasse suite \u00e0 la Tapisserie de Bayeux est la plaque tombale de Geoffroy IV le Bel, dit Plantagen\u00eat, duc d&rsquo;Anjou et de Normandie, plaque en cuivre \u00e9maill\u00e9e, connue sous le nom de \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9mail du Mans\u00a0\u00bb. Geoffroy tient un bouclier portant en ab\u00eeme (le centre du bouclier) un rais d\u2019Escarboucle ou Pierre du Dragon (sorte de rubis sacr\u00e9 ou d\u2019\u00e9meraude d\u2019o\u00f9 rayonnent des rais, quatre sur le bouclier de Geoffroy, qui s\u2019\u00e9tabliront par la suite au nombre de huit) accompagn\u00e9 de six lionceaux (ou plut\u00f4t panth\u00e8res). Au Moyen \u00c2ge, l\u2019Escarboucle, pierre pr\u00e9cieuse rouge ou verte, orne non seulement le bouclier mais le nasal du heaume. Cet \u00e9cu de Geoffroy Plantagen\u00eat permet de discerner le symbolisme qui pr\u00e9sida \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de l\u2019h\u00e9raldique chevaleresque : les panth\u00e8res, symbole c\u00e9leste, et le rais d\u2019Escarboucle, d\u00e9j\u00e0 connu des Gaulois, centre terrestre. Du rubis partent quatre rais, chiffre repr\u00e9sentatif des quatre directions dans lesquelles s\u2019exerce l\u2019action du Principe Supr\u00eame, symbolis\u00e9e \u00e9galement par les quatre branches du swastika.\u00a0 La m\u00eame signification s\u2019applique aux quatre fleuves du Paradis, et par lui nous allons rejoindre les Panth\u00e8res. Le Centre Spirituel est nomm\u00e9 en sanscrit : Paradesha, d\u2019o\u00f9 le Paradis des occidentaux et le Pard\u00e8s des Chald\u00e9ens. Or la panth\u00e8re en latin se dit Pardus et en grec Pardos (que l\u2019on retrouve dans l\u2019italien Gattopardo pour gu\u00e9pard, et dans le fran\u00e7ais L\u00e9opard). Outre sa signification \u00e9tymologique de Pan (tout) et Ther (b\u00eate), la b\u00eate primordiale qui contient toutes les autres, la panth\u00e8re repr\u00e9sente donc aussi un centre. C\u2019est cette derni\u00e8re signification qui semble devoir \u00eatre retenue pour la panth\u00e8re des comtes d\u2019Anjou, parce qu\u2019elle est l\u2019\u00e9quivalent celte du dragon et comme le confirme la pr\u00e9sence de la Pierre de Dragon en ab\u00eeme du bouclier de Geoffroy. La panth\u00e8re antique \u00e9tait un symbole divin (th\u00e9os) dont la port\u00e9e embrassait <em>tout<\/em> le cosmos (pan) et la panth\u00e8re \u00e9tait un animal qui par les taches de son pelage symbolisait tous les astres de ce cosmos. Les pharaons portaient des peaux de panth\u00e8re dont les taches \u00e9taient pr\u00e9cis\u00e9ment remplac\u00e9es par des \u00e9toiles et qui repr\u00e9sentaient bien par l\u00e0 le ciel c\u00e9leste. Une remarquable illustration en est encore visible au Mus\u00e9e du Louvre dans la statue de Toutankhamon.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">La dynastie normande d\u2019Angleterre, et les Angevins qui en recueillirent l\u2019h\u00e9ritage, sont \u00e0 la base de l\u2019organisation et de la fixation de l\u2019h\u00e9raldique qui est ainsi n\u00e9e en France sous l\u2019influence des Plantagen\u00eats.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"739\" height=\"813\" data-attachment-id=\"12454\" data-permalink=\"https:\/\/polarismedia.fr\/en\/2024\/11\/10\/aux-sources-de-lheraldique\/rais-descarboucle-rouge\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/rais-descarboucle-rouge.jpg?fit=850%2C935&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"850,935\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}\" data-image-title=\"rais d&amp;rsquo;escarboucle rouge\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/rais-descarboucle-rouge.jpg?fit=739%2C813&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/polarismedia.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/rais-descarboucle-rouge.jpg?resize=739%2C813&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-12454\" style=\"width:268px;height:auto\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><em>Motif d&rsquo;escarboucle \u00e0 huit rais<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify wp-block-paragraph\">Dans les d\u00e9buts de l\u2019h\u00e9raldique, on remarque une pr\u00e9dominance tr\u00e8s nette des lions. La panth\u00e8re symbolique pa\u00efenne a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9e par les clercs chr\u00e9tiens au Lion de Juda et nombre de familles m\u00eame royales, qui port\u00e8rent ensuite des armes diff\u00e9rentes, ont commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque par l\u2019utilisation des lions ou des l\u00e9opards. Les figures pa\u00efennes au symbolisme antique se vident alors peu \u00e0 peu de leur substance originelle, mais sans dispara\u00eetre. On continue \u00e0 peindre les anciens embl\u00e8mes, mais ils ne correspondent plus aux id\u00e9es qu\u2019ils repr\u00e9sentaient jadis : ils deviennent abstraits.&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019homme plac\u00e9 par les forces cr\u00e9atrices de la mati\u00e8re et de l\u2019univers, se trouve confront\u00e9 \u00e0 deux courants de forces contraires : celles qui lui permettent de subsister en tant qu\u2019individu et celles qui sollicitent son retour au tronc commun des \u00eatres et des choses. 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